Pottehimme se réveilla en sursaut. Il manqua de perdre l'équilibre et s'accrocha aux branches avoisinantes. Il inspecta la présence d'éventuels dangers mais ne vit pas plus loin que le sol au pied du perudsace, l'immense arbre dans lequel il s'était reposé. Après une deuxième inspection, il entreprit de grimper le plus haut possible et ce fut après deux minutes de « voltige » que sa tête dépassa les derniers feuillages. Le jour commençait à peine à s'assombrir et le soleil à se coucher. Le ciel, dont le bleu profond lui rappelait l'Etang Sans Fin qu'il n'avait vu qu'une seule et unique fois dans sa vie, était à moitié recouvert par une immense étendue de nuages noirs ce qui laissait prévoir que la pluie serait bientôt au rendez-vous. Un rai de lumière sembla venir à bout de ceux-ci pour venir caresser son visage enfantin et continua sa route balayant les étendues infinies de ce tapis verdoyant et plein de vie.
Pottehimme redescendit et, après une dizaine de vérifications, atterrit au pied de l'arbre. Il avait assez dormi et puis, il devait rentrer car même si il avait été effrayé lorsque ses parents lui avaient ordonné de fuir, il avait à présent le c½ur léger et serait ravi de conter à tout le village ses péripéties animales et comment il avait grimpé un des plus grands arbres pour échapper au terrible tigre qui s'était lancé à sa poursuite.
Il marchait lentement, les sens en éveil afin de percevoir la moindre présence néfaste.
Après une vingtaine de minutes, il décida de changer de direction et de ne pas rentrer tout de suite au village car il voulait emprunter un passage bien à lui. Jamais personne n'osait s'aventurer en ces lieux et, Pottehimme savait très bien qu'auquel cas il aurait mentionné cet endroit à ses parents, il se serait vu privé de sortie en forêt pendant un certain temps.
« Un petit détour de rien du tout, cela ne fait pas de mal ».
Ainsi donc, il s'enfonça de plus en plus à travers l'abondante végétation. Plus il avançait, plus la lumière venait à manquer. Cette ambiance le passionnait. On ne sait pas ce qui peut sortir de la pénombre. A tout instant, derrière un arbre ou un bosquet, pouvait surgir un léopard, un tigre, une chauve souris, ou pourquoi pas une terrifiante Eganaire. Malgré sa passion pour cette atmosphère de doute et de tension qu'il chérissait tant, il restait sur ses gardes et s'immobilisa à plusieurs reprises aux sons de simples craquements.
Il enfouit sa tête à travers un buisson de Norecs et fût ébloui par la lueur du jour mourant. Il se trouvait sur une minuscule parcelle d'herbe. Il se pencha pour ramasser une énorme Betiava Linasa Iposis, fleur orange ayant pour effet d'apaiser les craintes ainsi que de donner fierté et courage à quiconque la respire.
Après avoir délicatement coupé la tige, il l'accrocha dans ses cheveux ébouriffés. Enfin prêt, il détailla toute présence de vie dans le secteur, et particulièrement dans l'eau.
En effet, à trois ou quatre pas de lui, se trouvait un lac. Ce lieu était celui de Pottehimme. Ce qu'il aimait par dessus tout était de le traverser en sautant de rocher en rocher, et de continuer sa balade pour retourner au village.
Il s'élança. Il bondissait, heureux de cette solitude en ce lieu magique de liberté. A la moitié du trajet, il décida de faire une pause, car ce chemin était tout de même assez long. Il s'assit sur la pierre plate, contemplant l'unique paysage s'offrant alors à lui. Mais ce ne fut qu'au bout d'un court moment, qu'un frémissement vint attirer son regard. Des bulles. « Des bulles? Des bulles?! »
Il avait toujours cru que ce lac n'était habité que par des algues, du plancton et des petits poissons. Pas du genre d'espèces à pouvoir faire d'aussi grosses bulles. Leur nombre augmenta; si bien que cette zone ressemblait d'avantage à l'intérieur d'une marmite pleine d'eau sur le feu qu'à la surface d'un lac. Pris de panique, Pottehimme se releva d'un coup, et bondit sur la plateforme d'à côté. Il se retourna pour regarder cette agitation. Le rocher sur lequel était anciennement assis le jeune garçon décolla d'un coup et alla s'écraser sur la terre ferme.
« Un sereg! C'est la première fois que j'en vois un! Je croyais que ce n'était qu'un mythe pour éloigner les enfants de ce lieu! »
Il continua alors son chemin, effrayé par ce qui venait de lui arriver, mais aussi enthousiasmé de sa découverte qu'il n'allait malheureusement pouvoir annoncer à personne.
Il passa devant le portail des anciens puis, par le petit mausolée pour enfin arriver au village... désert. Le village était inhabité, vide. Il n'y avait pas âme qui vive, et même les conchoes n'étaient plus là. Peut-être étaient-ils tous partis dans le plus grand des trois mausolées, comme lorsqu'il était petit dans l'ancien village, après quoi ils avaient changé de camp. Il parti donc pour le plus imposant des Trois, ramassant au passage les débris d'une chaise et un cageot de mopem tombé. Il essayait vainement, lors de son passage, de chercher quelques petites choses pouvant le retarder, car cet endroit l'effrayait. Ces immenses amas de pierres grises incrustées d'or, d'argent, de diamants, mais aussi d'ossements. Ces énormes statues d'êtres inconnus, ouvrant la gueule, prêtes à bondir. Et puis toutes ces lianes et ces arbres poussant de nul part donnaient avec la brume qui y régnait en permanence, une ambiance mystique.
Pottehimme passa sous le porche des Neaquouemed dont les sculptures finement gravées représentaient des petits êtres à queues pointues.
Un éclat de rire ainsi que le bruit d'un enfant qui court résonnèrent à travers les longs couloirs s'étendant devant lui. Un frisson l'envahit et mais cessa dès que les rires disparurent. Le coeur plein d'espoir, il demanda fébrilement :
" Y a quelqu'un ? He ho ? Répondez ! "
Sa voix s'évanouissait à travers les corridors. Effrayé, mais non sans espoir, il s'avança.
Il déambulait déjà depuis quelques temps quand le rire reprit, sauf que cette fois ci il y en eut deux. Ils provenaient d'un peu plus loin. Regonflé de l'Espoir qu'il avait perdu au fur et à mesure de ses recherches, il courut, se dirigeant avidement vers le lieu dit. La brume envahissante attenuait l'effet des ouvertures sur l'exterieur, ce qui lui faisait prendre une teinte bleutée.
Il entra dans la salle, haletant.
Il fit un pas, puis deux, puis trois et continua ainsi jusqu'à ce qu'il aperçoive deux masses evanescentes.
Peu à peu les formes se dessinèrent de mieux en mieux.
" Tu joues à la balle avec nous ? Hein ?! Tu joues avec nous ?"
Pottehimme ne distinguait qu'à peine les deux enfants mais il pouvait dire une chose : leur peau était luisante mais surtout elle était bleue.
"Allez ! Joue avec nous !"
Rassuré par les rires et la proposition de jeu, il accepta.
"Ouais ! Super ! Tu seras récompensé !"
"Tiens attrape Potte !"
Surpris par la prononciation de son prénom, il la rata et la balle continua de rouler.
"Ah ! C'est malin ! Va la chercher !"
Il partit chercher le ballon, toujours occupé par ses pensées : "Comment est-ce qu'ils connaissent mon prénom ? Je ne les ai jamais vus avant !"
Le ballon était lourd, humide et non uniforme. C'est au moment où il sentit les cheveux du "ballon' qu'il comprit.
Une tête ! C'était une tête humaine !
Pris d'horreur, il lacha la tête, ses yeux ne pouvant arrêter de la fixer. Elle roula sur le côté et comme si le mort voulait regarder au plus profond de son ame et lui montrer l'enfer qu'il avait vécu, ses globes occulaires restaient avidement braqués sur lui. Pottehime, lui, restait figé, s'appuyant sur le mur pour ne pas défaillir. La tête bougea. Pris de panique, il courrut et sortit de la pièce, s'enfuyant à travers les longs et sordides couloirs du grand mausolée.
Après plusieurs longues minutes de course, il sentit le souffle lui manquer et, comme rien ne le poursuivait, il ralentit, jusqu'à marcher. Il était dans un couloir different des dizaines d'autres qu'il avait parcourus. Celui-ci était plus sombre et n'avait aucun motif sur ses murs. Au bout, une seule et unique ouverture. Lorsqu'il en sortit enfin, sa vision fut telle qu'il en oublia, sur le moment du moins, l'épisode précédent. En effet, le lieu dans lequel il venait de pénétrer dépassait toute imagination.
Des quatres côtés descendaient de longs escaliers de pierre pour enfin arriver à une plateforme où siégeait une sorte de cuve dont il ne pouvait voir l'interieur, reliée elle même par un petit escalier. Tout ceci était baigné dans la chaude lumière du soleil couchant car cet endroit était à ciel ouvert.
Une masse bleutée apparut de l'autre côté de l'autel, puis deux, puis trois. Chacune d'entre elles soulevait une masse sombre et la jettait dans la cuve. Intrigué, Pottehimme s'approcha discrètement. Il attendit de ne plus voir les hommes bleus et se faufila jusqu'aux marches de l'autel qu'il grimpa rapidement. Arrivé en haut, il y plongea son regard.
Un liquide bleu et des corps décapités. Il eu un sursaut de recul et dégringola l'escalier en fermant les yeux et se protégeant la tête. Sa chute terminée, il enfouit son visage dans ses mains et pleura.
"Pourquoi pleures-tu ? Ce sont des choses normales."
Le jeune garçon releva la tête et vit un enfant bleu se tenant debout devant lui. Il frissonna.
"- Ne t'en fait pas, tu n'as rien à craindre.
Pottehimme hésita puis répondit :
- Vous avez tué ces gens ! Vous trouvez ça normal de tuer des gens comme ça, sans raison ?
- Tu as tort ! Il y a une raison ! Une raison valable, plus que valable même, une raison Vitale.
- Hein ?!
- Vois-tu, nous devons tous nous nourrir pour survivre, toi, moi, ainsi que tout animal. Et d'après toi y a-t-il quelque chose à manger sur cette terre qui ne soit pas vivant?
- Euh non...
- Eh bien tu vois ! Nous faisons comme vous, comme tous, nous chassons pour manger et donc survivre.
- Mais nous sommes plus que du simple gibier !
- Et pourquoi ça ? C'est dans l'ordre des choses ! Les histoires de chaine alimentaire sont fausses car si on y regarde de plus près, on se mange tous les uns les autres !
- ?
- Et bien oui, regarde : Tu es, mais un jour tu ne seras plus, et ce jour là tu seras en partie dévoré par les vers et l'autre partie de toi servira d'engrais pour les plantes. Les vers se feront dévorer et les herbivores mangent les plantes n'est-ce pas ? Donc ils te mangeront. Les carnivores mangent les herbivores donc les carnivores te mangent ! Les omnivores de tout, c'est à dire qu'ils mangent les carnivores, les herbivores, et les plantes donc toi, toi et toi ! Tu vois que cela est logique et surtout que cela est normal.
- Mais...
- Il n'y a pas de "mais", c'est la nature c'est tout. Il n'y a pas d'autre alternative.
- Je comprends.
- Ah ! Enfin !
- Il faut se battre pour manger et par conséquent survivre, c'est ça ?! Tu vas voir alors ce que je peux faire pour survivre !! "