Le bruit d'une allumette se consumant
L'homme alluma l'encens placé ans le tube doré. Lorsque la flamme s'éteignit et que l'envoûtante odeur se déversait dans l'air, il se retourna vers ses compères et déclara :
« Mes frères, mea culpa. »
Sur ces mots, il fit face à la colline et débuta la procession. Chaque homme ou femme le suivant était alors vêtu d'une toge bleu marine. Lentement, ils marchaient les uns derrière les autres ; la tête baissée, cachée sous une capuche formant ainsi une file se déplaçant calmement, au rythme de leur guide. Ils gravirent cette plaine montante puis arrivèrent à l'orée du bois. Et à l'instant même où l'homme au blason doré posa le pied sur l'étroit sentier forestier, tout bruit cessa. Les grillons et autres insectes, chouettes, hiboux et fameux oiseaux de nuit turent leur vacarme laissant ainsi résonnés leurs pas. Les effluves de l'encens, protégés du vent, restaient au sein de la forêt comme s'il voulait les accompagner. Au fur et à mesure qu'ils s'enfonçaient, les buissons devenaient touffus, les arbres massifs et la terre sèche. Des bambous encerclaient le sentier ne faisant ainsi place qu'à un seul chemin, dont on ne pouvait voir les alentours.
Le chemin tourna et, apparut alors une immense tour de pierre et de métal. Des pointes acérées, de longues plaques tranchantes et des meurtrières dardaient le groupuscule.
Soudain, une flèche frappa de plein fouet l'un des hommes se dirigeant vers la tour. Du groupe, aucun ne fit de mouvement. Tous paraissaient calmes, en aucun cas troublés par la mort de leur camarade. Ils marchaient, se rapprochant davantage de la tour. Une série de flèches fut tirée ; et seuls le guide et son premier disciple restaient encore à marcher lentement, la tête baissée.
Ils s'approchèrent encore, jusqu'à ce qu'une ultime volée leur coûtât la vie. Le corps du prêcheur tomba, sa main effleurant la porte de la tour. Une lumière dorée jaillie. Sur les cadavres commencèrent à apparaître de légères et minuscules bulles. Les morts rentraient en ébullition. Des cloques se formaient, suintant de l'eau. L'eau se massait autour de ces (ses) corps. Et, comme si l'eau créait de l'eau, un étang se formait, tourbillonnant en son centre. Celui-ci décupla, se leva en altitude en une gigantesque vague, s'abattit sur la tour qui céda sous l'impact. Les villageois, vieil homme et femme, enfants de tout age, moururent, écrasé sous le poids de la tour.
« Il ne faut pas sous-estimer la toute puissance de Mère Nature. »